La chaise jaune

Cela aurait pu faire le titre d'un roman tel le pull over rouge ou la suite d'un film comme la bicyclette bleu. Non, rien de tout cela, la chaise jaune est le nom de la punition que tous les enfants de la classe de Morgan craignent. Une chaise isolée au fond de la classe où il ne fait pas bon s'asseoir. Qui oserait affronter la colère de Carole, la maitresse ? Clara, petite camarade de classe de mon fils, dont on entend souvent parler à la maison ces derniers temps, prit son courage à deux mains, ainsi qu'un pinceau et un peu de peinture pour aller, je cite : "dégarbouiller les tables des moyens". J'espère que ces tentatives de séductions n'engendreront pas une future et étrange association de prénom. Pour les moins perspicaces, suivez le lien....
C'est nul l'école, on fait rien
Je vous rassure, beaucoup d'enfants vous expliqueront qu'à l'école, on fait rien. C'est parce qu'ils aiment garder l'école comme un petit jardin secret, un univers qu'ils n'ont pas forcément envie de partager avec les parents. Ce sont en tout cas les arguments de Carole, la maitresse de Morgan, la même qui torture des petites filles sur une chaise jaune :). Morgan lui, explique tout, il adore l'école, il est triste quand il est malade et n'a pas le droit d'y aller, et préfère rejoindre ses copains à la cantine qu'attendre sa maman pour rentrer à la maison.
Pour Matilda, c'est différent. Matilda ne s'amuse pas à l'école, parce que c'est "nul", "c'est pour les bébés", "on n'apprend rien". Matilda veut apprendre à lire et à écrire, mais chaque chose en son temps. Il y a un an, devant le désir constant de Matilda à apprendre à lire et, à notre plus grand étonnement, une certaine facilité à retenir l'alphabet, j'ai décidé de me renseigner sur les différentes méthodologies d'apprentissage de la lecture. Après de nombreuses heures à essayer de comprendre et peser les arguments des défenseurs de chaque méthode, j'ai finalement opté pour une méthode analytique-phonétique, la méthode lire avec léo et léa (le site est par terre au moment où j'écris ce billet).
La méthode remporta un grand succès, Matilda s'amusait et, en plus, elle apprenait à lire. A raison de 5 minutes de lecture par jour, et quand elle en exprimait l'envie uniquement, c'est à dire à peu prêt tout le temps, Matilda maîtrisait au bout d'un mois les 8 premières leçons de la méthode. En bon parent, rendez-vous avec pédiatre et pédopsychiatre fut pris, qui s'accordèrent à dire que Matilda n'avait rien à faire en moyenne section. Fort de ses arguments, j'allais voir la maitresse de Matilda, une personne dont l'ouverture d'esprit n'était manifestement pas en phase avec les envies, ou devrais-je dire, les attentes de ma fille. "Vous ne me ferez pas croire qu'une enfant de 3ans réclame à lire en rentrant de l'école", en ce qui me concerne, cela faisait à peine 5 minutes que je m'entrenais avec elle que je m'ennuyais déjà. Je commençais à comprendre ma fille qui lui consacrait 8 heures quotidiennes de son emploi du temps.
Je décidais à contre coeur d'arrêter la lecture avec ma fille. D'une part parce que ce n'était pas mon métier, j'avais peur de mal faire. D'autre part parce que risquer de creuser encore plus le fossé entre Matilda et les enfants de son âge n'était pas une bonne idée puisqu'il fallait maintenant écarter l'option de passer Matilda dans une classe supérieure.
C'est aujourd'hui que le débat fut relancé. Non pas que Matilda nous ait avancé de nouveaux arguments sur le manque d'intérêt d'aller à l'école, nous avons appris à faire avec. Matilda a été s'amuser chez sa voisine aujourd'hui, Anastasia, et ce soir, la grande soeur de celle-ci est venu nous la raccompagner. Victoria, la grande soeur, nous a fait part de son étonnement quand au fait que Matilda faisait avec facilité les leçons qu'Anastasia, élève de CP, avait quelques difficultés à apprendre.
C'est décidé, nouvelle ville, nouvelle école, nouvelle maitresse aussi. Lundi, je prends rendez vous, j'espère bien changer d'idée sur l'éducation nationale.






